Manger en conscience : quand l’alimentation redevient un acte vivant

Rencontre avec Jhomaira et Maxime, fondateurs de Natural Andes

Il y a des rencontres qui confirment ce que l’on pressent depuis longtemps dans sa pratique. Celle avec Jhomaira et Maxime, fondateurs de Natural Andes, en fait partie.

En naturopathie, j’accompagne souvent des femmes épuisées, dont le corps tourne à vide malgré une alimentation qu’elles pensent équilibrée. Ce que j’observe régulièrement, c’est que le problème n’est pas tant ce qu’elles mangent que la qualité de ce qu’elles mangent, et surtout, le lien qu’elles ont (ou n’ont plus) avec leur nourriture. Manger est devenu une fonction ou un geste mécanique. Et quand le lien au vivant se rompt dans l’assiette, c’est souvent tout le reste qui se délite.

C’est dans ce contexte que la rencontre avec Natural Andes a pris tout son sens.

Une histoire qui commence avec un homme, une terre, et une ouverture du cœur.

Maxime ne s’est pas retrouvé à importer du quinoa bolivien par hasard. Tout a commencé par un stage de fin d’études à Genève dans une association, puis par une mission en Bolivie qui devait durer 6 mois et s’est transformée en 5 ans de vie sur place. C’est là qu’il a rencontré Jhomaira, sa compagne, et qu’il a découvert une autre façon d’être en lien avec la nourriture et avec la terre.

« C’est le lien à l’humain et l’ouverture du cœur qui change un homme« , dit-il. Il fait lui-même le parallèle avec Avatar : cette idée que l’on ne comprend vraiment une terre qu’en acceptant d’être transformé par elle.

De retour en France, il travaille pendant 5 ans dans des magasins bio à Nice, fier de mettre en avant certains produits. Mais à chaque séjour en Bolivie pour voir la belle-famille, quelque chose le dérange : l’industrialisation croissante du bio, la marginalisation des petits producteurs, la perte de ce qui faisait l’essence même de ces aliments. Natural Andes est né de ce constat, et d’une conviction simple : valoriser l’humain et la terre, dans le même mouvement.

Un super-aliment, qu’est-ce que c’est vraiment ?

La question mérite d’être posée, car le terme est souvent galvaudé. Pour Maxime, un super-aliment est avant tout un produit endémique, naturellement présent dans son écosystème, qui concentre des nutriments que l’on ne trouve pas facilement ailleurs. Il cite l’exemple du sélénium, oligo-élément indispensable au bon fonctionnement de la thyroïde et du système immunitaire, qu’on ne retrouve naturellement que dans quelques aliments comme le foie ou les huîtres, peu consommés au quotidien. La noix d’Amazonie, elle, en est une source exceptionnelle.

« Si le produit est présent dans la nature, c’est qu’on en a besoin« , résume-t-il.

Jhomaira ajoute une définition plus sensible : « un aliment qui vient de la nature sans être transformé. » Ce qui m’a frappée dans cette formulation, c’est son évidence. En naturopathie, on répète souvent que ce que le corps assimile le mieux, c’est ce qu’il reconnaît. Et le corps reconnaît infiniment mieux un aliment brut, vivant, intègre, qu’une molécule extraite, concentrée et encapsulée.

Ce que l’industrialisation a coûté à nos corps

Maxime le dit avec clarté : pour répondre à une logique capitaliste, l’alimentation a subi des transformations profondes. OGM, ultra-transformation, appauvrissement des sols, sélection variétale pour le rendement au détriment de la densité nutritionnelle… « On a joué au petit chimiste, et on a abouti à une dégradation de la qualité des aliments.» Il cite le blé comme exemple emblématique, un aliment que nous consomons massivement mais qui, sous sa forme actuelle, pose de plus en plus de problèmes digestifs et inflammatoires à un grand nombre de personnes.

C’est une réalité que je rencontre chaque semaine en consultation. Des corps qui souffrent de ne plus recevoir une nourriture qu’ils savent reconnaître. Des systèmes digestifs fragilisés par des années d’alimentation appauvrie. Et souvent, une fatigue profonde que ni le repos ni les compléments ne suffisent à corriger, parce que la base, l’alimentation, n’a pas encore été réellement adressée.

La Pacha Mama a ses cycles, tout comme le corps humain

Ce qui m’a le plus touché dans la vision de Natural Andes, c’est leur rapport au rythme naturel de la terre. En Bolivie, la Pacha Mama, la Terre Mère, n’est pas une métaphore poétique. C’est une réalité pratique : la terre se repose, elle a ses cycles, on ne peut pas l’exploiter en continu sans la détruire.

« Comme une mère, elle va se reposer avant d’avoir un autre bébé. »

Je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle avec le corps humain. La vitalité n’est pas infinie : elle se dépense, se régénère, et demande du respect. Un corps que l’on force, que l’on prive de sommeil, que l’on nourrit d’aliments vides d’information biologique, finit par envoyer des signaux d’alarme. Fatigue, digestion perturbée, humeur instable, immunité basse : ces signaux ne sont pas des dysfonctionnements mais des appels à ralentir.

Manger en conscience : un acte de création

Ce qui m’a particulièrement séduit dans l’approche de Jhomaira, c’est la façon dont elle parle de la préparation des aliments. Chez eux, le quinoa se cuisine presque tous les jours, mais différemment à chaque fois. En version salée, sucrée, en salade, en dessert, en gâteau d’anniversaire. « Cela développe la créativité« , dit-elle. « C’est un moment de couple aussi, où on se demande comment réinventer le plat

J’entends souvent en consultation : « Je ne sais pas cuisiner », ou « Je n’ai pas le temps. » Ces mots cachent souvent autre chose : un rapport douloureux à l’alimentation, une fatigue qui touche aussi au sens. Préparer un aliment brut, qui demande un peu de temps et d’attention, est une forme de soin. Pour le corps, mais aussi pour le lien à soi.

Le quinoa, par exemple, doit être cuit pour être mangé. Ce temps de préparation, loin d’être une contrainte, peut devenir un espace de conscience. On s’arrête. On fait quelque chose de concret, de nourricier. On est là.

Des filières qui sauvent des forêts et qui nourrissent mieux

Natural Andes travaille aujourd’hui avec 4 filières consolidées en Bolivie : quinoa, noix d’Amazonie, açaï, et bientôt cacao. Les coopératives sont constituées à 100% de familles de producteurs, dans un rayon de 12 heures de route maximum.

L’açaï provient d’un village à 10 heures de Santa Cruz. En valorisant ce fruit plutôt que le bétail ou le bois, préserver la forêt devient alors le choix le plus juste, économiquement et humainement.

L’arbre à noix d’Amazonie, lui, est protégé par la loi : l’abattre est passible de prison. C’est un point que l’on oublie souvent dans le débat « local versus importé » : l’impact environnemental ne se réduit pas à la distance parcourue. Maxime cite les travaux du chercheur Didier Basile, qui a montré que le quinoa bolivien, qui pousse naturellement dans son terroir, pollue moins sur l’ensemble de son cycle de vie que le quinoa français, pour lequel il a fallu 15 ans de recherche agronomique avant de trouver la variété adaptée.

Ce que j’en retiens pour ma pratique

Je recommande régulièrement des super-aliments à mes consultantes, non pas comme des solutions miracles, mais comme des renforts nutritionnels ciblés, utiles quand le terrain est fragilisé et que l’alimentation courante ne suffit plus à combler les manques.

La noix d’Amazonie pour le sélénium (immunité, antioxydant). L’açaï pour sa richesse en anthocyanes et en acides gras essentiels. Le quinoa comme source complète de protéines végétales, précieuse pour les femmes végétariennes ou en période de fatigue intense.

Et au-delà des micronutriments, ce que Natural Andes m’a rappelé : l’origine et le soin apporté à la filière font partie intégrante de la qualité de l’aliment. Un sol vivant, des mains qui ont cultivé avec respect, une histoire transmise : tout cela est de l’information que le corps reçoit, consciemment ou non.

Un usage cosmétique à ne pas négliger

Jhomaira et Maxime partagent aussi des usages moins connus de ces aliments. L’huile de noix d’Amazonie, appliquée sur la peau ou les cheveux, est une merveille de douceur et de nutrition.

Les graines d’açaï, récupérées et infusées dans une huile, peuvent servir de démaquillant ou de soin hydratant. Jhomaira partage même une recette de masque capillaire à base de graines de chia mixées et d’aloe vera : simple, efficace, et sans déchet.

« Les super-aliments sont un outil pour nous faire du bien et améliorer notre qualité de vie« , conclut elle. « On peut développer notre créativité en pensant aux différents usages qui peuvent en être faits.« 

J’ai aimé cet échange pour sa cohérence : entre les valeurs portées et les actes concrets, entre le respect de la terre et le soin du corps. Il m’a rappelé que manger consciemment, c’est d’abord accepter de ralentir, de regarder ce que l’on met dans son assiette, et de se demander : d’où vient cet aliment ? Qui l’a cultivé ? Et est-ce qu’il me nourrit vraiment ? Ces questions simples peuvent tout changer.

Eulalie Courthéoux Chanel, Naturopathepropos recueillis en mars 2026.

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